Au numéro 9, un couple vietnamien âgé, adorables, perdus dans les courriers médicaux. Un samedi, je me suis assise à leur table. On a trié, rempli, classé. À la fin, la dame a simplement dit : “merci”, comme si le mot pesait lourd.
Au numéro 11, un homme récemment divorcé qui mangeait seul, tous les soirs, dans des barquettes. Un dimanche, alors que je cuisinais une soupe pour Monsieur Lemaire, je lui ai proposé de se joindre à nous. Il est venu. Il n’a pas parlé beaucoup. Mais il est venu.
Et, sans que personne ne fasse de grand discours, l’immeuble a cessé d’être juste un bâtiment.
Le divorcé a porté les courses du couple du 9. La jeune mère a frappé chez Monsieur Lemaire après ses rendez-vous pour demander si tout allait bien. Quelqu’un a laissé des pommes dans l’entrée avec un petit “servez-vous”. Des gestes minuscules. Des gestes humains.